La Zona parle d’une société déchirée, divisée en deux mondes qui se craignent et se haïssent. Que faire lorsque l’inefficacité et la corruption des autorités nous laissent sans protection ? Que faire dans un monde où une minorité est effrontément riche et la majorité, désespérément pauvre ? Que faire face à la terreur d’une personne qui s’isole derrière un mur, et face à la rancoeur de celle qui vit de l’autre côté ?
La Zona alerte le public sur les dérives d’un mode de vie dont les contours se précisent chaque jour davantage. En s’entourant eux-mêmes de murs, les résidents de La Zona interdisent à d’autres d’entrer, sans se rendre compte que ces murs symbolisent leur propre emprisonnement. Au nom de leur protection, ils aliènent leur droit essentiel à l’intimité, une intimité qui se voit sacrifiée au profit d’un système de surveillance vidéo qui les contrôle tous. C’est un prix trop cher à payer en échange d’une sécuritéqui ne peut jamais être totalement garantie. Quelles que soient la grandeur de la forteresse et la hauteur des murs, tant que des inégalités choquantes perdureront, il y aura toujours quelqu’unpour franchir le mur. C’était vital pour moi d’utiliser les images des caméras en circuit fermé, afin de renforcer cette atmosphère suintante de paranoïa. C’est justement cette paranoïa qui pousse les résidents de
La Zona à adopter ce comportement de masse qui étouffe la moindre action susceptible de contredire la majorité. L’histoire du film se déroule à travers les yeux d’un jeune garçon, Alejandro, qui habite dans La Zona, et qui va découvrir un monde plus vaste que celui, artificiel et rassurant, dans lequel il a toujours évolué. La violente succession d’événements qui se déroule dans La Zona et la relation qu’il noue avec le jeune cambrioleur l’obligent à remettre en question toutes ses certitudes. Déchiré entre le camp des résidents et celui des intrus, Alejandro va finir par se faire sa propre idée de la justice : « Il devrait exister une forme de justice qui nous protège tous sans nous rendre ennemis, sans laisser la haine et la misère se dresser entre nous. » L’un des thèmes majeurs du film est que la loi devrait avoir pour but d’instaurer une coexistence pacifique au sein d’une société, et que même un criminel a droit à un cadre judiciaire qui décide de son châtiment.
La Zona, le lieu de tous les dangers La Zona est un personnage à part entière, c’est même le personnage phare de l’histoire. L’immersion dans ces univers clos gouvernés par la peur est passionnante : ils finissent par inventer leurs propres règles, au mépris de la loi qui s’impose à tous. Dans ce genre de système, les valeurs morales de respect et de coexistence dégénèrent graduellement pour aboutir à un comportement primitif, où « l’autre », le voleur, l’étranger, n’est plus considéré comme une personne mais comme un simple ennemi à abattre.
J’ai aussi voulu organiser la structure du récit à la manière d’un film choral, où chaque personnage trouve sa voix dans la partition et contribue à la polyphonie que représente La Zona. J’envisage cette Zona comme un organisme à part entière qui se nourrit de lui-même, et qui, à travers son incapacité à détecter ses contradictions et ses défauts, sème les graines de sa propre autodestruction.
RODRIGO PLÁ |